L’apprentissage en France continue d’afficher des chiffres impressionnants dans l’ensemble, mais la photographie de la rentrée 2026 révèle une fracture nette entre les niveaux de formation. Si le nombre total de contrats reste au-dessus de la barre symbolique du million, les filières de l’enseignement supérieur perdent du terrain à grande vitesse, pendant que les niveaux CAP et bac professionnel progressent. Un basculement directement lié à la refonte des aides à l'embauche décidée par l’exécutif.
Un cap symbolique confirmé, mais qui s’effrite
Au 31 décembre 2025, 1 017 493 contrats d’apprentissage étaient recensés en France, un niveau qui dépasse toujours l’objectif du million fixé par le gouvernement quelques années plus tôt. Mais ce total masque un ralentissement du flux d’entrées : sur l’ensemble de l’année 2025, 846 683 nouveaux contrats d’apprentissage ont été signés, contre 890 670 en 2024, soit un recul de près de 5 %. C’est la première baisse aussi marquée depuis la forte croissance de la décennie précédente, portée à l’époque par la généralisation des aides à l'embauche.
Le décrochage net de l’apprentissage dans le supérieur
La rentrée 2026 accentue encore cette tendance, avec un écart désormais très marqué entre les niveaux de qualification. À fin mai 2026, l’apprentissage dans le supérieur (BTS, licence, master) chute de 16,4 % sur un an, avec seulement 31 100 contrats signés sur la période. À l’inverse, les niveaux CAP et bac professionnel progressent de 7,7 %, avec 48 800 contrats conclus. Le marché du recrutement en 2026 semble ainsi se recomposer au profit des qualifications les plus opérationnelles, au détriment des cursus longs.
- 1 017 493 contrats d’apprentissage actifs au 31 décembre 2025
- 846 683 nouvelles entrées en 2025, en baisse de 5 % sur un an
- -16,4 % pour l’apprentissage dans le supérieur à fin mai 2026 (31 100 contrats)
- +7,7 % pour les niveaux CAP et bac professionnel (48 800 contrats)
Une réforme des aides qui redistribue les cartes
Ce basculement trouve son origine dans deux réformes successives. Dès juillet 2025, une participation obligatoire des employeurs aux frais de formation a été instaurée pour les niveaux bac+3 et plus, réduisant l’attractivité financière de ces contrats pour les entreprises. Puis, en mars 2026, le barème des aides à l'embauche a lui-même été révisé : une entreprise de moins de 250 salariés perçoit désormais 5 000 euros pour l'embauche d’un apprenti préparant un diplôme de niveau bac, contre seulement 2 000 euros pour un contrat de niveau bac+3 à bac+5. Un choix budgétaire assumé, qui vise à orienter les employeurs vers les qualifications considérées comme les plus en tension sur le terrain. Plusieurs secteurs concernés suivent d’ailleurs de près l’évolution du compte personnel de formation, autre levier mobilisé pour financer les reconversions.
Un marché de l'emploi des jeunes toujours sous tension
Ce rééquilibrage intervient dans un contexte d'emploi des jeunes fragile. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 21,1 %, en hausse de deux points sur un an et de 4,5 points sur trois ans, tandis que l'emploi privé reculait globalement de 0,1 % sur le trimestre, soit environ 13 900 postes en moins. Dans ce climat, certains employeurs peinent toujours à recruter sur des métiers entiers : c’est le cas de secteurs entiers de services de proximité en tension de recrutement, où l’apprentissage de niveau CAP ou bac pro pourrait justement apporter une partie de la réponse. D’autres branches confirment que, malgré un ralentissement général, les tensions de recrutement reculent progressivement grâce à un effort accru sur la formation des candidats.
Questions fréquentes
Le nombre total d’apprentis a-t-il vraiment baissé en 2026 ?
Non, le stock total de contrats reste supérieur à un million fin 2025. Ce qui recule, c’est le flux de nouvelles signatures, en particulier dans l’enseignement supérieur, alors que les niveaux CAP et bac professionnel continuent de progresser.
Pourquoi l’apprentissage dans le supérieur recule-t-il autant ?
La participation obligatoire des employeurs aux frais de formation pour les niveaux bac+3 et plus, entrée en vigueur en juillet 2025, puis la réforme du barème des aides à l'embauche de mars 2026, ont rendu ces contrats nettement moins avantageux financièrement pour les entreprises que ceux de niveau CAP ou bac.
Cette évolution concerne-t-elle tous les secteurs de la même façon ?
Non. Les métiers en tension de recrutement, notamment dans les services de proximité, restent demandeurs de profils CAP et bac professionnel formés par apprentissage, alors que certaines filières supérieures voient leurs effectifs d’apprentis diminuer sensiblement.
Sources
- Hellowork — Alternance en 2026, le décryptage des chiffres
- Elixus — Alternance 2026 : le million tient, les contrats reculent
- Centre Inffo — Les chiffres de l'emploi du premier trimestre 2026 et les jeunes en alternance
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